Ça
y est, elles sont de retour!
Après avoir passé cinq semaines à Douala, la capitale
du Cameroun, les jeunes filles sont revenues juste avant les fêtes pour
réaliser la version finale de leur projet d'entre prise.
Lorsqu'elles partaient en novembre dernier, L'Express
vous a présenté le projet de chacune des sept jeunes filles engagées
dans le programme spécial du Regroupement des jeunes fille francophones
de Toronto, qui a pour but de développer le sens des affaires des jeunes
fille de 14 à 30 ans sure le plan international. (Voir numéro 4 du 16
au 22 novembre1999)
Cette semaine, nous vous présentons le récit de leurs
aventures, et elle en ont long à raconter! Pour la plupart , ce voyage
a été une expérience extraordinaire qui leur a apporté un enrichissement
profond sur les plans culturel et personnel.
Deux d'entre elles ont eu moins de chance : Marie-Line
Pierre-Antoine, née de parents haïtien et français, avait un projet
de récupération et recyclage et comptait donner des cours d'auto-défence.
Au bout d'une semaine, elle est revenue à Toronto pour des raison confidentielles.
Mira Béto, de son côté, comptait enseigner de meilleures
habitudes alimentaires aux Camerounais, mais, ayant négligé de renouveler
son passeport zaïrois depuis le coup d'État, elle n'a pu obtenir le
droit d'entrée au Cameroun. Elle est donc restée à Toronto pour poursuivre
son projet en vue de devenir consultante en nutrition pour les Africains
nouvellement arrivés au Canada.
À Douala, les cinq autres jeunes filles ont eu la chance
d'être très chaleureusement accueillies et d'avoir vécu dans une jolie
villa où des domestique les ont traitées aux petits oignons. Après ces
cinq semaines ensemble, de solides liens d'amitié se son créés entre
elles.
Karine Morin, Québécoise
Karine a été totalement transformée par son aventure,
et c'est une filles heureuse et épanouie qui est revenue du Cameroun!
Non seulement elle a abandonné. Le voile noir qui lui cachait les cheveux,
mais elle a troqué son costume sévère pour un vêtement camerounais qui
fait ressortir sa beauté de façon étonnante.
Elle a visiblement tiré de son aventure un enrichissement
profond sur tous les plans. Avant le départ, son but était de travailler
dans une école camerounaise pour observer les méthodes d'enseignement
et pou promouvoir une attitude non violente envers les élèves.
Comme convenu, elle a travaillé dans une école primaire
privée et bilingue où les élèves sont âgés de 2 à 12 ans. "Mon plan
était de procéder progressivement : d'abord observer les professeurs,
ensuite commencer à enseigner et petit à petit montrer une attitude
d'encouragement envers les élèves. Au début je croyais que cinq semaines
serait un délai trop court pour pouvoir atteindre mes objectifs."
Karine a tout de suite remarqué l'énorme différence de
l'école camerounaise. "Là-bas, les cours sont entièrement axés sur la
théorie. Les professeurs tentent de faire régner la discipline en distribuant
les tapes, mais ils ne parviennent jamais tout à fait à imposer le silence.
Les élèves bavardent continuellement en classe, le professeur doit continuellement
crier pour couvrir les bruits de voix."
Lorsque Karine a donné son premier cours, elle a tenu
imposer un silence total dans la classe. "C'était quelque chose de nouveau
pour eux. Je leur ai expliqué que je tenais à avoir l'attention de tous.
Les enseignants et les parents ont bien apprécié cette nouvelle méthode."
En ce qui concerne les correction physiques, au lieu d'élever la voix
contre ces pratiques, Karine s'est contentée de donner des ateliers
de motivation pour porter l'accent sur l'encouragement plutôt que la
discipline. Une tactique très habile et approuvée de tous!
Malgré les petits défauts des écoles camerounaises, il
semble qu'elle soient d'un niveau bien supérieur aux nôtres, car non
seulement les petits Camerounais apprennent vite, mais ils sont beaucoup
plus avancés que les Canadiens de leur âge. Aussi, lorsqu'ils émigrent
au Canada, ils se retrouvent bien souvent dans des classes où ils connaissent
déjà toute le matière.
"Lorsque j'ai commencé à enseigner l'histoire du Canada
à Douala, j'ai été très étonnée d'entendre les élèves du primaire me
poser des question du niveau secondaire!", dit Karine.
Cette situation s'explique par le fait que le système
scolaire y est calqué sur le système français, où les programmes sont
beaucoup plus poussés qu'ici. Il y a aussi le fait qu'à Douala les enfants
vont en classe dès l'âge de 2 ans, ce qui leur donne une bonne longueur
d'avance.
Bref, l'expérience de Karine démontre hors de tout doute
qu'il est possible de fournir une éducation d'excellente qualité dans
un pays pauvre, et il semble évident que le Canada tirerait grand avantage
à s'inspirer des méthodes employées au Cameroun
Forte de son expérience, Karine se prépare maintenant
à ouvrir une école-garderie à Toronto pour les nouveaux arrivants. "Ce
voyage m'a apporté bien plus que je ne m'y attendais! Non seulement
j'ai beaucoup appris sur l'école camerounaise, mais j'ai établi là-bas
un partenariat qui me permettra de réaliser des échanges de professeurs
et d'élèves!"
Nathalie Massé, Franco-Ontarienne
Nathalie avait pour but d'enseigner le conditionnement
physique à domicile, notamment certaines techniques aérobiques et la
méthode Pilates. Elle voulait aussi apprendre la danse africaine pour
pouvoir ensuite l'enseigner à Toronto.
À Douala, elle a enseigné ses techniques dans deux gymnases,
où elle a entraîné des moniteurs, mais elle n'a trouvé qu'une cliente
à domicile. Il lui a semblé que les Camerounais se souciaient bien peu
de leur alimentation et de leur forme physique. "Il faut dire qu'ils
ont bien d'autres préoccupations, comme trouver du travail et manger
à leur faim…"
Sur le plan culturel, Nathalie a été frappé par le manque
de structures sociales. "Il n'y a pas de trottoir, les gens passent
sur les feux rouges et personne ne respecte les règles." Par contre,
elle a été étonnée par l'hospitalité et l'incroyable générosité des
gens. Quant à la chaleur étouffante de l'endroit, elle ne s'y attendait
pas. "Il n'y avait pas d'air climatisé, et après 10 minutes d'exercices,
nous étions complètement trempés!"
Après avoir suivi des cours de danse africaine, elle a
abandonné le projet de l'enseigner à Toronto ou même de s'en inspirer
pour ses exercices aérobiques. "La danse africaine est extrêmement difficile!",
dit-elle, un peu découragée.
Maintenant Nathalie compte fonder à Toronto, sa petite
entreprise de conditionnement physique à domicile, à moins qu'elle ne
décroche un post dont elle a entendu parler aux Bermudes…
Stéphane Mercier, Québécoise
Stéphane, qui a un peu d'expérience dans le service à
la clientèle, comptait apporter son aide aux hôtels camerounais. À Douala,
elle a travaillé dans trois département de l'hôtel Sawa (qui signifie
Douala en dialecte camerounais) : l'hébergement, la restauration et
le développement commercial. "Mon rôle consistait à observer et à suggérer
des améliorations."
Comme ses consoeurs, Stéphane a donné des conférences
sur le service à la clientèle à des groupes de femmes et aux gens d'affaires.
"Il y a un grand besoin d'alimentation du service à la clientèle au
Cameroun, dit-elle. Et comme ce pays accueille de plus en plus d'étrangers,
il est très important que les employés évitent de faire mauvaise impression,
par exemple en se disputant ouvertement devant les clients."
Stéphane considère maintenant qu'elle a acquis une expérience
très enrichissante en apprivoisant la culture camerounaise. Le fait
de donner des conférences lui a apporté beaucoup de confiance en elle.
"Aujourd'hui, je me sens bien plus sûre de moi", avoue-t-elle. Maintenant,
elle se prépare à trouver un emploi dans son domaine ou à faire de la
consultation.
Alice Mvukiyehe, Burundaise
Alice, qui avait commencé son baccalauréat en biologie,
avait l'intention d'évaluer les besoins de la population en produits
pharmaceutiques et de se renseigner sur les circuits de distribution
en place, dans le but de devenir plus tard agente de vente en produits
pharmacies, l'une informatisée, l'autre non, et dans un laboratoire.
Elle a rencontré des distributeurs, et elle a beaucoup appris sur les
besoin de la population.
"Le marché de la distribution est contrôlé surtout par
les Français et, en pharmacie, les médicaments sont souvent trop chers
pour la population. Les gens préfèrent donc aller s'approvisionner sur
le marché noir, au risque d'obtenir un mauvais produit." Résultat :
le taux de mortalité est très élevé, et les gens s'obstinent à attribuer
toutes ces "morts mystiques" au effets de la sorcellerie.
D'origine burundaise, Alice n'a pas vraiment eu de choc
culturel au Cameroun, par contre, elle a noté une différence avec les
gens de son pays, "Chez nous, les gens sont plutôt calmes, alors que
les Camerounais sont beaucoup plue extravertis!"
Maintenant de retour à Toronto, Alice a compris qu'elle
doit d'abord terminer son baccalauréat avant de prendre une décision
sur son avenir.
Jeanne Pikinini, Congolaise
En tant qu'athlète de niveau olympique, Jeanne avait l'intention
de détecter au Cameroun les talents prometteurs en basketball, garçons
et filles et de leur fournir un entraînement à la suite de quoi elle
comptait les aider à s'intégrer dans un équipe nord-américaine.
Premièrement, elle a eu la chance d'entrer dans ce pays,
contrairement à sa concitoyenne Mira Béto. "Heureusement, j'avais en
main mon passeport congolais!", explique-t-elle.
Une fois sur place, elle s'est rendue compte que les jeunes
filles ont très peu d'intérêt pour le basketball. "Par contre, les garçons
s'y intéressent et j'ai trouvé quelques candidats de grande taille qui
semblent avoir du potentiel."
Malgré la pauvreté du pays, les structures de base des
activités sportives semblent assez bien organisées, selon elle, par
contre les jeunes doivent se contenter d'équipement assez rudimentaires,
"comme au Congo", ajoute-t-elle.
Jeanne a déjà mis sur pied son agence de basketball et
a profité de l'occasion pour nouer des contacts avec le président d'un
club de basketball camerounais.
Léonie Tchatat, directrice du Regroupement des Jeunes
Filles, s'avoue très heureuse de l'expérience. "Ce voyage a ouvert de
nouveaux horizons aux cinq jeunes filles tout en leurs procurant une
expérience internationale très enrichissante. Nous sommes très fières
d'elles et nous tenons à remercier tous les organismes qui ont contribué
à la réussite de ce projet et, bien sûr, nous remercions les jeunes
fille elles-mêmes!" a-t-elle déclaré.